Chapitre 7 – Un nouveau travail

UN NOUVEAU TRAVAIL

Il est sept heures quand j’arrive à mon nouveau travail. J’ai vraiment eu du mal à me lever si tôt, pour traverser la ville et être à l’heure. Jamais au cours de ma courte carrière ou de ma vie étudiante, je n’ai commencé avant huit heures.

 

J’arrive avant Gérard, le chef de base et je l’attends en visitant les installations. Le yard est grand avec des bureaux faits dans des containers recyclés. Cela me change des bâtiments relativement luxueux car en dur de mon ancienne base. Ici nous sommes plutôt dans le style installations temporaires de chantier. Des engins en panne attendent devant l’atelier de mécanique, le tout dans un sympathique désordre typiquement français, à mi-chemin entre la casse et les ateliers qui bordent les routes. Au point que David doute du sérieux de cette compagnie. Il est sûr qu’après BOITE, le retour au système D français va me changer.

Il y a une centaine d’ouvriers nigérians et deux expatriés qui m’observent. J’imagine qu’ils ne voient pas souvent de femme ici et qu’ils doivent se demander qui je peux bien être.

Mon titre est ingénieur projet et assistante au chef de base. Mais il faut que je dise quelques mots sur Gérard. De 15 ans mon aîné environ, il respire la force tranquille. Sur place depuis des années, c’est un véritable pilier qui connaît tous les rouages du pays et qui a créé un énorme réseau pouvant ainsi anticiper les crises locales fréquentes.

D‘après ce que j’ai compris, je dois pouvoir remplacer Gérard quand il part en vacances, c’est à dire tous les trois mois mais surtout dans quelques semaines la prochaine fois et je dois en parallèle m’occuper des petits chantiers de Warri, relation clients et autres projets.

Pour l’instant, c’est plutôt confus, je sais que je rejoins l’industrie para-pétrolière et que les projets concernent des installations de surface destinées au traitement et au stockage du pétrole brut. On y construit des réseaux de tuyaux, des réservoirs métalliques ou d’énormes machines qui permettent de séparer le pétrole du gaz et de l’eau. L’autre partie de l’activité concerne les travaux de maintenance de la raffinerie de Warri, laquelle se situe à moins de 500 m des bureaux. Nous servons de base logistique pour tous les gros projets du pays. Nous assurons également le stockage de pièces et d’outillages divers en réserve pour les dépanner. Enfin nous abritons l’atelier mécanique principal et les engins reviennent ici pour leur révision annuelle ou pour réparation majeure.

Mon prédécesseur a été nommé sur un nouveau projet à l’autre bout du pays. Pour le remplacer, ils ont surtout besoin de quelqu’un qui parle anglais, connaisse bien le pays et sache travailler avec les Nigérians.

Heureusement que j’ai cela, car pour ce qui est du travail proprement dit, les seules soudures que je n’ai jamais vues remontent à mon stage ouvrier, à la fin de ma première année d’école d’ingénieur. J’avais fait quelques vaines tentatives et malgré toute ma bonne volonté, mes efforts s’étaient soldés par quelques baguettes collées et des trous dans la tôle devant un atelier hilare.

Gérard me fait visiter sa base, me présente aux travailleurs dont j’oublie les noms aussi vite. Il m’explique que j’aurai la charge des petits chantiers qui ne demandent pas d’équipe dédiée et sont gérés directement par la base. Cela me semble excitant d’être responsable de projets suffisamment petits pour que je puisse me faire la main avant d’attaquer les choses sérieuses. Un seul chantier d’importance que nous partons visiter l’après-midi même. Il se situe à Ughelli, à une demi-heure de route de Warri. Nous devons réhabiliter quatre gros réservoirs, qui font 48 mètres de diamètre et 18 de haut et les travaux viennent tout juste de commencer sur le dernier. Une trentaine de Nigérians et un expatrié y travaillent.

Le lendemain, le chef de projet nigérian en charge décide de démissionner, je ne saurai jamais s’il est plus vexé de ne pas recevoir la direction du projet ou de devoir travailler pour une femme. Le résultat est que je me retrouve à diriger un chantier sans aide et sans avoir la moindre idée de ce que je dois faire. Je vais devoir m’appuyer sur Gérard.

Deuxième coup dur de la semaine, le chef d’équipe camerounais qui contestait mon autorité depuis le premier jour démissionne également. Il ne supporte pas de recevoir des ordres d’une femme parlant anglais, qui ne lui reconnaît pas de privilège particulier à être le seul travailleur à parler français.

Tout va donc pour le mieux, heureusement que personne ne se préoccupe réellement de ce chantier qui dure depuis quatre ans au lieu des deux du planning initial et sur lequel je suis la troisième personne à passer. Du moment que j’arrive à le finir sans trop faire de remous, tout ira bien avec ma direction. La partie la plus difficile est clairement le relationnel client – un gros pétrolier européen. Je retrouve un plein classeur de lettre de réclamations de sa part. Espérons que mon charme féminin me permettra d’améliorer la situation.

En fait, je ne crains réellement que l’épreuve locale, mais cela est le domaine réservé de Gérard.

Le vendredi suivant, alors que je termine péniblement ma première semaine, crevée de me lever si tôt et d’absorber ce monde nouveau, Gérard a un malaise au bureau. Il rentre chez lui se faire examiner par l’infirmière hongroise qui s’occupe de nous. Il n’y a pas d’antenne médicale à Warri. Une bonne médecine préventive, une infirmière sur place mariée à un Nigérian qui soigne tous nos bobos et un bon système d’évacuation d’urgence. Pour le reste, on croise les doigts et on se dit que, jeunes et en bonne santé, il n’y a pas de raison de stresser ! Elle lui ordonne le repos complet, un régime sans graisse, sans alcool ni cigarette et c’est uniquement parce qu’il doit quitter le pays deux semaines plus tard qu’elle ne le renvoie pas en France tout de suite.

Ca, c’est de l’adaptation, à peine cinq jours en doublé et je suis lâchée toute seule à l’épreuve du feu. Jusqu’à présent l’ampleur de la tâche me semblait acceptable grâce à la seule présence de Gérard, je sais maintenant que je ne pourrai plus compter que sur moi. Heureusement, je peux encore le retrouver le soir pour lui demander conseil sur les décisions à prendre ou me rassurer sur celles que j’ai du prendre sans son avis. Je dois faire face à toutes les difficultés rencontrées à diriger une base de cent vingt personnes. Qui varient depuis les problèmes personnels qu’on me raconte en larmoyant dans le bureau, les problèmes des chantiers dont nous assurons la logistique, les problèmes qui surgissent sur mon propre chantier, les problèmes avec les clients à Warri et enfin les problèmes purement liés au rythme de la base.

Je travaille sans relâche et je me demande si les ouvriers acceptent vraiment d’être dirigés par une jeune française de 25 ans, débarquée de nulle part et clairement peu expérimentée dans ce domaine.

La réponse ne se fait pas attendre.

Le lundi soir, tous les ouvriers quittent la base à cinq heures quarante cinq au lieu de six heures. Je le remarque tout de suite, évidemment. Le premier moment de colère passé, je me rassieds pour réfléchir à l’attitude à adopter dans un cas pareil. Ce n’est pas grand chose 15 minutes mais ce n’est pas un hasard, il s’agit bien d’un test d’entrée pour évaluer dès le premier jour les limites de mon autorité. Je ne dois pas faire appel à Gérard si je veux une chance d’asseoir mon autorité tout de suite.

Le chef du service de sécurité, qui est entre autres chargé d’ouvrir la grille, est assez âgé et je suppose qu’il fait parti des meneurs de troubles de la base. Dans la société nigériane, l’âge est souvent un gage d’autorité et de niveau hiérarchique.

Je vais le voir et lui demande innocemment pourquoi tout le monde a quitté le travail si tôt, sans ma permission.

Il me répond que les ouvriers ont décidé de partir et qu’il n’y peut rien. La preuve, il est resté, lui. Nous savons tous les deux que je ne peux pas prendre une sanction collective sans me retrouver avec une grève générale sur les bras.

C’est le moment de tenter un coup de bluff. Il faut que ça marche ou je me prépare des journées à venir très pénibles.

Je lui demande :

  • Mais qui a ouvert la grille ?
  • Moi
  • Pourtant, il était trop tôt, est-ce que je t’en avais donné l’ordre ?
  • Non mais les ouvriers étaient dans les bus, prêts à sortir.
  • Il me semblait pourtant que c’était moi et non eux qui payais ton salaire. Tu me confirmes que tu travailles bien pour moi ?

Il abhorre maintenant un air embarrassé. Qui se transforme en inquiétude quand je lui dis que je le considère comme personnellement responsable de l’heure de sortie des travailleurs. Dans ma grande mansuétude, je passe l’éponge pour cette première fois car je n’avais peut-être pas été suffisamment claire dans mes instructions mais la prochaine fois qu’il ouvrira la grille avant 18 heures, il recevra une lettre d’avertissement. A la deuxième, il sera renvoyé. Inutile de dire que ça ne s’est jamais reproduit.

J’ai ainsi le droit à un certain nombre de tests d’entrée, que je passe avec plus ou moins de succès mais dont je tire quelques leçons : je m’efforce de prendre des décisions justes après avoir pris le temps de peser le pour et le contre, de respecter ma parole donnée, de réprimer les erreurs mais de récompenser les bonnes actions et de savoir reconnaître mes méprises, sans pour autant faire preuve de faiblesse.

Enfantin, n’est-ce pas ? Surtout quand on sait qu’on est assis sur une poudrière appelée susceptibilité qui ne demande qu’à exploser à la moindre maladresse.

En attendant, les nouvelles de Gérard ne sont pas bonnes, il a du suivre une série de tests intensifs en France. Résultat, un problème de foie, maladie classique des expatriés qui vivent une vie de tous les excès. Son retour n’est pas prévu avant longtemps. Et ce qui ne devait être qu’un remplacement de vacances est en train de s’officialiser en douceur.

Quand cette nouvelle nous parvient, je panique un peu. Suis-je vraiment à la hauteur de cette tâche ? Didier me donne sa confiance, mais il n’a pas vraiment le choix. Je suis sur place et il n’a personne de disponible pour le moment. Aussi il me promet son soutient et me demande de faire l’essai. Si vraiment je craque, alors on avisera… Mais ça serait bien de ne pas craquer. Pour le moment je tiens. Pour combien de temps ? Je ne sais pas. Tant qu’il n’y a pas de problème grave, ça va. Je travaille de très longues heures car tout est nouveau pour moi, mais ce n’est qu’une question de volonté et d’énergie. Et je n’en manque pas!

Dans mon job précédent, je me contentais de gérer mon équipe de 2 personnes. Je ne m’occupais de rien d’autre et il me reste beaucoup à apprendre sur la mentalité locale. Sauf que je n’ai plus le temps et je m’initie dans la difficulté à travers des expériences qui monopolisent chacun de mes neurones et sont des challenges quotidiens pour mes nerfs.

J’ai parfois l’impression d’avancer sur un fil au-dessus d’un précipice, sans entraînement préalable. Heureusement que mon fichu caractère me soutient, je ne baisserai pas les bras si vite.

Par exemple, je me rends compte très rapidement que les Nigérians sont très forts pour utiliser les arguments qui font mouche. Ainsi un jour j’avise que le peintre me vole. Il est chargé de tous les petits travaux de peinture de la base aussi bien dans les bâtiments que sur les véhicules et autres engins. Petit détail, il commande systématiquement le double de peinture nécessaire pour la tâche à effectuer. Je valide mon observation avec un peintre français et réussi à remonter sur plusieurs années de vol. La somme en jeu est rondelette et la faute justifie le renvoi. Confronté, il a même avoué ses malversations. Je me retrouve alors avec un pauvre hère, à genoux, sanglotant dans mon bureau. Le temps de prendre une grande respiration, j’arrive à garder mon sang-froid. Et même si je sais qu’en le virant, je condamne cet homme et sa famille à la misère, je reste inflexible car céder sur ce point alors que j’ai réussi à démontrer qu’il escroquait la base depuis si longtemps, serait la porte ouverte à tous les abus : “Autant en profiter puisque si on est pris, on peut l’amadouer en pleurant un peu”.

Il y a cent vingt millions de Nigérians, beaucoup au chômage ou sous-employés et je préfère sortir de la misère quelqu’un qui est courageux et honnête plutôt que quelqu’un qui me vole, me ment ou refuse de travailler. Cette théorie me soutient dans les moments difficiles.

Grâce au fameux tam-tam africain, j’acquiers rapidement une certaine notoriété sur tout le Nigeria où je gagne le surnom de dame de fer, en référence à une autre dame qui opère à Londres ou même parfois Mamangida en l’honneur du dictateur Babangida. L’avantage de cette réputation est que je n’ai plus à prouver mon autorité, les nouveaux sont prévenus avant même de me rencontrer.

J’espère seulement qu’ils ne me considèrent pas juste comme une main de fer mais qu’ils ont compris que j’ai à cœur également d’œuvrer de manière équitable pour le bien de tous. Est-ce vraiment un age 25 ans pour être comparée à un tyran? Même si David est là pour partager mes doutes et mes questions, me dire qu’il croit en moi et que derrière cette réputation se cache une personnalité, c’est parfois lourd à porter. Heureusement, le rythme de la base ne me permet pas de passer trop de temps à intellectualiser ce que je suis en train de vivre. Je le ferai plus tard et un jour peut-être j’écrirai mes mémoires.

Depuis mon arrivée, certaines habitudes de la base me frustrent. Au début, je n’osais rien dire pour ne pas remettre en cause les méthodes de travail de Gérard, mais maintenant je suis en charge.

Par exemple, il n’y a jamais un véhicule de libre, le parc automobile est géré par un employé qui ne sait apparemment pas dire non quand on lui demande une voiture pour une course justifiée ou non. Ou qui en fait peut-être un business parallèle. Mais je préfère ne pas trop me poser la question du pourquoi pour me concentrer sur celle du comment améliorer la situation. Dès que j’ai eu les coudées franches, j’ai instauré  un simple système de contrôle et aucune voiture ne peut quitter la base sans mon autorisation signée. Comme par miracle, alors que je n’ai jamais refusé de signer une seule autorisation, il n’y a plus de course urgente et toujours des voitures disponibles !

Je suis de plus en plus à l’aise dans mon rôle. Je travaille toujours beaucoup, les employés donnent l’impression de m’avoir à moitié acceptée, y compris les deux expatriés de la base. Sans compter les personnels des chantiers avec qui je communique quotidiennement et que je rencontre parfois quand ils passent par Warri à l’occasion de leur départ en congés ou juste pour passer un week-end en ville.

Justement, un Français malade vient à Warri se faire examiner par l’infirmière, accompagné par un jeune homme, Franck. Ils arrivent le samedi soir et après avoir organisé la venue de l’infirmière, je les autorise à garder un chauffeur toute la nuit au cas où l’état du patient, bien que non inquiétant, empire.

Lundi, le chauffeur vient se plaindre car Franck refuse de lui signer ses heures supplémentaires argumentant que le chauffeur aurait passé une grande partie de la nuit à faire le taxi dans les rues de Warri. Vérifications faites, il semble que le chauffeur aurait demandé l’autorisation de s’absenter le temps de prévenir sa famille, ce que Franck n’a pas compris vu son niveau d’anglais sommaire.

Je donne raison à l’employé et ordonne à Franck de signer la feuille d’heures avant de partir faire mon tour habituel sur le yard. Un peu plus tard, alors que je retourne vers les bureaux, je croise le chauffeur qui sort en hurlant, en se tenant la tête. Je ne sais pas ce qui se passe mais je m’attends à de gros ennuis. Mon premier réflexe est d’enfermer Franck dans mon bureau, certainement l’endroit le mieux protégé de la base. Il s’avère que la discussion s’est envenimée, le chauffeur a attrapé Franck par le col, lequel a pris peur et l’a aspergé de gaz lacrymogène.

Je dis à Franck de ne pas bouger et de n’ouvrir à personne d’autre qu’à moi pendant que je vais aux nouvelles. La base est en effervescence, les ouvriers pensent que Franck a projeté de l’acide (c’est une tradition locale) et que le chauffeur est devenu aveugle. Ils réclament vengeance.

Je ne sais pas ce que cela veut dire mais je ne tiens certainement pas à le découvrir trop vite ! Je parviens à prévenir l’armée (avec qui j’entretiens d’excellents rapports et dont le baraquement se situe à quelques centaines de mètres) et bientôt un petit détachement arrive qui permet d’extraire Franck sous escorte.

Nous nous précipitons à l’aéroport. Je réussis à lui trouver une place, moyennant finance, dans le premier avion en partance sur Lagos. Pour le moment il est en sécurité. Il ne réalise pas vraiment à quoi il vient d’échapper et semble principalement concerné par sa valise, restée au chantier. Je le rassure sur le sujet, après tout, moi il ne me reste plus qu’à retourner affronter les travailleurs furieux d’avoir vu leur proie s’échapper.

Quand je reviens, la révolte gronde. Je n’en mène pas très large. Je me plante au milieu des travailleurs et tente de les apaiser en leur disant que Franck a quitté le Nigeria mais que je m’assurerai personnellement qu’il sera puni de son attitude et licencié (*ce qui fut fait). Un autre problème m’attend. Le supérieur de la caserne est ulcéré que ses troupes aient pu aider à libérer un étranger qui a agressé un Nigérian. Il n’a pas tout à fait tort en l’occurrence, imaginons un instant la même situation en France !

Il le fait rechercher dans toutes nos maisons de Warri. Nous avons eu le nez fin de choisir l’option aéroport ! Je contacte Lagos en leur disant de se débrouiller pour lui faire quitter le pays le soir même avant que les autorités ne retrouvent sa piste et l’empêchent de quitter le pays. Je passe le reste de la journée à calmer tout le monde et tente de brouiller les pistes en inventant un retour au chantier. Il faut juste gagner quelques heures !

Plus tard, en réunissant les affaires personnelles de Franck, on retrouvera tout un arsenal de guerre, (poing américain, couteau de lancer, kutchaku… Etc..). On a eu de la chance qu’il soit reparti sans avoir provoqué une plus grande catastrophe. Finalement, tout est bien qui finit bien et je sors de cette aventure plutôt grandie aux yeux du personnel local, ayant donné raison à un des leurs plutôt qu’à “un des miens”.

Cependant, elle me sert également de leçon. Au nom de mes sacro-saints principes, j’ai absolument tenu à ce que ce soit Franck qui signe la feuille d’heures, suivant la règle que j’avais moi-même établie. J’aurai peut-être pu éviter tout cela en signant moi-même la feuille et en laissant Franck retourner à son chantier et à sa bêtise. Est-ce que tout cela en valait vraiment la peine ?

Jeudi, 5 heures du matin, on frappe violemment à la porte de notre chambre. Un chauffeur attend David. Il y a une urgence. Un puits a explosé dans la nuit. Le pire cauchemar du monde du pétrole vient d’arriver. Heureusement, il s’agit d’un puits à terre et il n’y a pas eu de blessés. La compagnie pétrolière fait appel à toutes les forces vives du pays. Et là, tout va très vite. L’équipe de Red Adair (le fameux pompier de l’extrême qui a éteint les puits du Koweït) est sur place dès le lendemain et demande qu’on remplisse d’eau une cuve naturelle de cent mètres de diamètre, la rivière se trouvant à sept kilomètres de là. Avec David, je peux suivre le projet de très près et je vais offrir mes services dès le vendredi après-midi. Je pars sur le site le samedi matin. C’est impressionnant. Tout ce que le Nigeria compte d’engins de chantier semble être concentré ici, sans compter ceux qui sont arrivés dans la nuit par avion. En deux jours, ils ont creusé une tranchée de dix mètres de large depuis le puits jusqu’à la rivière, sept kilomètres plus loin, en passant à travers un village et en expropriant quelques maisons.

Notre responsabilité, si nous l’acceptons, sera de construire trois petits pipelines pour ramener l’eau jusqu’à la cuve, en quelques jours, mobilisation immédiate. Le samedi soir, j’ai enrôlé dix soudeurs et un chef d’équipe qui partent directement sur le chantier. Le dimanche matin, les dix soudeurs de la relève sont à pied d’œuvre. Nous sommes à deux heures de route de la ville et je dois organiser en catastrophe le logement, la nourriture et le transport de nos troupes dans les petits villages avoisinants qui n’ont certainement pas l’infrastructure adéquate pour accueillir une telle foule. Nous sommes obligés d’utiliser le système de la bannette chaude, l’équipe de nuit dormant dans les lits de l’équipe de jour. Mon chef d’équipe parle très mal anglais et je dois traduire ses instructions à chaque relève. On tire à vue mais on y arrive. Je passe le plus clair de mon temps sur le chantier, la base doit se débrouiller pour tourner toute seule. Je dors peu mais l’aventure est belle. Et dix jours plus tard, c’est déjà terminé. On va enfin pouvoir se reposer.

Je suis dans mon bureau, je viens de payer très grassement les soudeurs avant de les laisser repartir vers leurs chantiers respectifs. Ils viennent me demander l’autorisation de passer chez eux – la plupart sont originaires de Warri – déposer leur argent. Je leur accorde deux heures. Ils restent plantés là ; apparemment ils veulent autre chose. Enfin ils se décident à me demander la pièce pour payer le taxi jusque chez eux. Ils ont entre les mains l’équivalent de deux mois de salaire d’un ouvrier moyen pour quelques jours de labeur et ils réclament encore ! Je me lève, les toise et leur jette : “Je pensais que les soudeurs étaient des Messieurs, mais vous parlez comme le plus petit clerc. Je me suis trompée, vous êtes des petits mecs. Je vais vous donner la pièce.”

Le silence est pesant. Je viens tout simplement d’insulter vingt paquets de muscles irascibles, dans mon bureau. Comme d’habitude, c’est après avoir parlé que je me demande si c’était prudent ! Je les entends dire, écœurés : “laisse tomber, on n’obtiendra rien d’elle” lorsque qu’ils quittent mon bureau. Ouf !

Chaque petite victoire me conforte dans l’impression que je suis bien à ma place ici. Didier avait peut-être raison de me faire confiance après tout. Je travaille plus de 80 heures par semaine et je continue à découvrir ce métier au quotidien, avec toujours cette impression de travailler sans filet, frôlant la catastrophe en permanence.

Au bout de trois mois à ce rythme, je demande des vacances. Didier est un peu réticent, il préfèrerait attendre le retour de Gérard mais je suis au Nigeria depuis 7 mois sans interruption et j’ai véritablement besoin de repos. Avant, je faisais des jobs interminables, passant des journées sans dormir. Mais une fois le job terminé, je pouvais me reposer tout mon soul sans aucun souci. Maintenant, je suis rentrée dans le monde des responsabilités et des gens qui dorment mal la nuit. Hors de question de juste “éteindre” mon cerveau à la fin de la journée. Résultat, je suis épuisée.

Finalement, Nous nous mettons d’accord sur une pause de deux semaines.

David et moi rentrons en France avec l’intention de commencer les préparatifs du mariage.

Avant de partir, j’appelle Didier et je lui demande de surveiller le site d’Ughelli en mon absence. Je sens quelques tensions sur le chantier. Pour désamorcer tout début de crise, j’y ai bien envoyé le chef du personnel, qui est revenu plutôt confiant, mais mon intuition continue à me titiller et je pars en vacances préoccupée.

Nous revenons au Nigeria à peine après l’avoir quitté, du moins c’est l’impression que j’ai. Nous avons passé notre temps à visiter les châteaux et autres traiteurs nécessaires à tout mariage qui se respecte.

Ces deux dernières semaines sont passées tellement vites que je n’ai jamais réussi à complètement me déconnecter de ma base.

Sans surprise, on m’annonce que mon chantier est en grève depuis dix jours.

Apparemment mes supérieurs ont estimé que la situation pouvait attendre mon retour. Ceci dit, je me mets à leur place et je comprends qu’ils n’étaient pas très chauds à l’idée d’aller affronter une meute pour le compte de quelqu’un d’autre. Je suis arrivée le matin même à Warri, je prends tout juste le temps de déposer ma valise à la maison et me voilà déjà partie pour Ughelli. Quelle joie de se sentir attendue !

Mais c’est bien cette vie que j’ai choisie, pas de temps mort, pas le temps de s’ennuyer et encore moins de réfléchir, de l’action, rien que de l’action. Dépenser cette énergie que j’ai en moi.

Les travailleurs sont là, discutant en cercle. J’ai l’impression de rentrer dans une arène. Tergiverser ne sert à rien, il faut y aller et autant en finir au plus vite. Mon cœur bat la chamade mais j’arrive à avoir l’air à peu près sure de moi, et je me jette. En théorie, je ne risque rien et il ne s’agit que de discuter mais en pratique, les esprits s’échauffent vite et tout peut arriver.

Et me voilà, petite blanche perdue sur un chantier au milieu d’une trentaine de Nigérians, discutant pied à pied. Une heure plus tard, le problème est résolu, ils ont gagné un peu d’argent, une prime à la réussite et le travail peut reprendre. Le jeu habituel. Au moins le retour aux réalités de la base a été rapide.

Mais le Test grandeur nature a lieu le 19 décembre.

Depuis quelques jours, la base est en effervescence à l’approche des fêtes de Noël – le sud du pays où nous nous trouvons est catholique au contraire du Nord majoritairement musulman.

Les travailleurs réclament une prime supérieure à celle négociée dans le contrat. Le comptable a essayé de me duper, profitant de mon ignorance pour tenter de me faire signer ce fameux supplément. J’avais commencé par accepter avant de découvrir le pot aux roses, juste à temps pour faire marche arrière. Maintenant les ouvriers se disent spoliés.

Avant d’aller travailler ce jour là, J’ai un mauvais pressentiment. Je demande à David de venir aux nouvelles dans la journée, au cas où. A peine la barrière d’entrée franchie, une délégation menée par mon copain, le chef de la sécurité, vient me demander, officiellement cette fois, une augmentation de prime. Que je leur refuse ! Réaction immédiate : “démission en masse”.

Ma réponse : “- Très bien, allez-y et je pourrai partir en vacances.

– Bon, on va discuter, en attendant personne ne quitte la base.”

Je suis prise en otage avec les expatriés et trois autres Français qui passaient par Warri avant de rentrer en France le lendemain.

Première action, ils coupent le groupe électrogène. Plus d’électricité.

Pas grave de perdre la climatisation, mais il faut absolument garder le contact avec le monde extérieur. Je règle ce problème en récupérant une batterie de voiture pour connecter la radio. Me voilà transformée en Mc Gyver. Cette petite victoire me donne un sentiment de confiance dont je vais bien avoir besoin pour aborder les heures qui viennent. Je peux enfin appeler Bruno, à Port Harcourt (trois heures de route) et le mettre au courant de la situation. Bruno est le manager résidentiel, avec qui je travaille habituellement. Didier, lui, passe la majorité de son temps en France.

Je n’ai pas le droit de céder car si j’emploie une centaine de personnes, il y a plus de mille ouvriers locaux dans le pays. La nouvelle d’une augmentation à Warri parviendrait très vite aux oreilles des autres sites qui devront s’aligner. Cette histoire pourrait nous coûter une fortune. Et surtout, je refuse de céder sous la menace.

Soutenue au bout du fil par Bruno, j’ai décidé que je ne paierai qu’en dernier recours. C’est à dire pour sauver ma vie, s’ils investissaient les bureaux. Même au nom des principes, j’estime que mon humble vie vaut plus que les quelques centaines de nairas en question ! Les négociations reprennent et durent toute la matinée sans plus de résultat.

Austin, l’employé de bureau en charge des photocopies et du café, m’assure du soutien indéfectible de ses cinquante kilos. Me voilà rassurée ! En fin de matinée, quand David vient me voir, je ne peux pas sortir. J’envoie Austin lui dire que la situation n’est pas encore critique. Je garde le contrôle… pour le moment.

Vers midi, nous mangeons dans notre petite cantine pendant que les ouvriers jeûnent. Ils ont fermé la base et ne peuvent ou ne veulent pas sortir déjeuner. Cependant ils boivent et très rapidement l’effet conjugué de l’alcool et du manque de nourriture les rend expansifs.

Les travailleurs commencent à devenir menaçants et s’en prennent à moi, disant aux autres expatriés qu’ils sont libres de rentrer chez eux puisque c’est moi la “patronne”. Je n’en mène pas large et heureusement que l’un de mes collègues, vieux routard de l’Afrique est là pour me soutenir car les autres m’adjurent de céder avant que cela dégénère. Bravo les super aventuriers.

A ce moment précis, tout en donnant l’impression de rester calme dans la tempête, je serai prête à tout donner pour pouvoir d’un coup de baguette magique, me retrouver dans un bureau à Paris. Mon royaume pour un hélicoptère ! Mais ma marraine la fée m’a abandonnée et je ne peux compter que sur moi-même.

Je cherche à joindre David mais il est parti déjeuner et l’opérateur radio de sa base ne semble pas capable de le contacter ni de lui transmettre un message. Les ouvriers tapent sur les murs des bureaux avec leurs outils, le bruit est infernal, la tension à son paroxysme et je commence à avoir franchement peur mais je ne cède toujours pas.

Combien de temps vais-je tenir dans ces conditions ? Attendre qu’ils envahissent les bureaux, mais ne sera-t-il pas trop tard à ce moment là ? Jusqu’où puis-je aller avant le point de non-retour ? Et là, pas de bouquin, pas de cours d’école pour référence, juste mon bon sens et mon feeling. Mais est-ce vraiment du bon sens ou moi qui suis trop têtue pour mon propre bien ? Quelle voix me dit la vérité ? Comment la reconnaître ? Mais, là, il va falloir se calmer avant de faire une crise de nerf devant tout le monde et perdre tout le crédit d’autorité que j’avais réussi à gagner en quatre mois. Retomber dans la catégorie petite femme fragile, quelle victoire !

Vers deux heures, David est de retour, aux nouvelles. Je lui envoie un S.O.S, toujours à travers Austin. Ca chauffe ici, il est temps d’aller chercher l’armée pour me sortir de là. C’est la solution de recours quand on a épuisé toutes les autres. Je me sens soulagée car je sais que ma libération n’est plus qu’une question de minutes.

Mais le temps passe et David ne revient toujours pas. Je continue à négocier en attendant. Je sens enfin qu’il commence à y avoir quelques flottements de l’autre coté. Les travailleurs ne sont plus si solidaires. C’est le moment que je choisis pour faire savoir que le comptable paiera immédiatement toute personne qui accepte le bonus négocié. Cette idée de l’argent frais les attendant fait réfléchir les plus modérés.

Une heure plus tard, David n’est toujours pas là mais les ouvriers défilent dans les bureaux pour empocher leur prime et rentrer chez eux. J’ai gagné !

Quand David arrive, il est quatre heures passé, tout le monde a été payé. Je suis sortie des bureaux et m’apprête à partir, devant la foule silencieuse des ouvriers. Quand David débarque avec deux pick-up remplis de soldats armés jusqu’aux dents. Les ouvriers s’énervent et me crient de ne pas revenir sous peine de représailles pendant que les soldats veulent en tabasser un ou deux pour l’exemple. Je me mets au milieu et arrive à calmer les esprits. Nous partons enfin.

David a beaucoup tardé car les forces de l’armée étaient parties assurer la sécurité d’un gouverneur supposé inaugurer un bâtiment pas encore construit. Il a eu beaucoup de mal à les convaincre de le suivre.

Avant de les libérer, je demande quand même à deux soldats de rester de fraction devant ma maison cette nuit, au cas improbable où ils décident de mettre leurs menaces à exécution.

Avant de rentrer, je passe à la guest-house boire un verre avec les cinq expatries qui s’envolent le lendemain. Ils ne sont pas fâchés de partir et ont du mal à présenter un air compatissant devant moi qui reste. Ils me conseillent de me faire oublier quelques jours avant de retourner à la base.

David est du même avis qu’eux. Mais ne pas y aller signifierai avoir peur d’eux et subséquemment leur donner ma victoire.

Nous arrivons à un compromis, David me déposera lui-même mais uniquement si les soldats sont présents comme prévu.

Les soldats sont là et David accepte de me laisser descendre de voiture.

Quand je fais ma tournée matinale, tout le monde est à son poste, les ouvriers ont commencé à travailler et m’accueillent comme si de rien n’était. La journée se déroule sans incident. Hier n’a jamais existé ! Quel bonheur de travailler ici, on s’affronte, on fait la guerre, mais le gagnant est le gagnant, et on passe à autre chose.

Les soldats continuent à surveiller la base pendant environ deux semaines,. Aucun incident à signaler. Cette journée de grève a consacré définitivement mon nouveau statut incontesté de “Patronne de la base”.

Maintenant que tout est rentré dans l’ordre, il est temps de régler les comptes. Le comptable est à l’origine du malentendu, ayant intentionnellement tenté de me faire signer un bonus erroné. J’examine son travail à la loupe. Il ne me faut pas longtemps pour réaliser que profitant de mon inexpérience et de ma méconnaissance des noms des travailleurs, il a crée un employé fictif et empoche le salaire depuis plusieurs mois. Il doit partir. Mais comment le changer ? Et surtout comment préparer son remplacement sans lui mettre la puce à l’oreille et lui donner l’opportunité de voler une somme plus importante ? Dans l’équipe administrative, un employé, Gabriel, semble avoir le potentiel requis. Pendant les deux mois qui suivent, je le forme en le faisant passer pour l’assistant du comptable “il est débordé le pauvre homme”. Quand il a acquis les bases, je le mets dans la confidence et trouve un prétexte pour l’envoyer deux semaines finaliser sa formation à Lagos auprès du responsable administratif du pays.

Pendant ce temps, je surveille le comptable et revois scrupuleusement tout papier qu’il me fait signer, mais je ne le confronte pas. Je ne suis pas prête. Le jour du retour de Gabriel, je licencie le comptable. J’ai tout préparé, la prime, la lettre de licenciement, et autres papiers qui permettent de nous assurer qu’il ne nous attaquera pas. Je l’ai trop souvent vu faire sur des chantiers où nous devons régulièrement re-embaucher des personnes licenciées pour une faute grave impossible à prouver au tribunal, par manque de constat de police. Le tribunal se trouvant à Warri, je coordonne les efforts de notre avocat et je suis bien placée pour savoir qu’il vaut mieux payer une prime de licenciement à une personne qui ne la mérite pas que devoir la remployer avec les excuses quelques mois plus tard !

Je reste avec le comptable pendant qu’il ramasse ses affaires pour m’assurer qu’il n’en profite pas pour prendre de l’argent. Je me fais remettre toutes les clefs avant de l’accompagner jusqu’à la porte.

Quelques temps plus tard, un projet nous confie une partie de sa pré-fabrication. Enfin de l’ouvrage. Je reçois une cargaison de structures métalliques. Il s’agit de poutres en forme de U, L, I ou H, de 12 mètres de long, qui vont servir à la fabrication des échafaudages du chantier. Je suis contente de cette activité qui nous change du train-train quotidien. Première chose à faire, un inventaire. Ils y en à quatre camions. Cela prend plusieurs jours, mais cela permet de valider les quantités reçues. Puis les ouvriers se mettent au travail suivant le planning établi et nous commençons à voir les bouts de ferraille valser sur la base. Au bout d’un mois, je fais refaire l’inventaire et le compare aux quantités déjà utilisées sur les bons de sortie. Oh ! Surprise, ça ne correspond pas du tout. Il en manque beaucoup. Ce vol n’a pu se faire qu’avec un camion et par déduction, qu’avec la complicité des équipes de sécurité.

Je convoque l’ensemble des gardiens dans mon bureau et leur donne deux jours pour me donner le nom du coupable. Bien sur, personne ne se dénonce. Mais fidèle à ma parole, je renvoie les équipes de jour et de nuit. Le vol est trop important pour rester impuni. De toute façon, je suis persuadée qu’ils sont tous complices et je ne leur fais plus confiance depuis qu’ils ont pris parti contre moi pendant la grève. Leur rôle est de protéger la base, ses équipements et ses employés, dont moi. Ils ont failli aux trois missions.

Je renvoie douze personnes d’un coup, avec l’aide de l’armée à qui je demande de garder la base en attendant de trouver des équipes de remplacement. Je n’ai pas eu le temps de préparer un plan de back-up, cette fois-ci. Le nombre de licenciements à mon actif commence à devenir impressionnant. Je commence à être blindée. Déjà ! Je n’ai pas 26 ans !

Gérard n’est toujours pas rentré et on m’annonce la venue du PDG de la société. C’est l’effervescence. Didier me donne carte blanche pour nettoyer la base. Je profite de l’occasion pour enfin lui donner un coup de neuf et y apporter la touche féminine dont je rêvais.

Je me débarrasse de toute la ferraille et autres engins en panne qu’on garde pour les pièces détachées, dans un terrain à part, loué pour l’occasion. Fini le look de casse d’engins de chantier. Je transforme un container en salle d’archives afin de vider les bureaux engorgés, je repeins toute la base, change le lino.. Etc. Le plus dur est de changer les mentalités. Archiver pour nettoyer les bureaux, quelle idée saugrenue. Mais c’est donnant donnant. Seuls les bureaux rangés seront repeints. Et ça marche. Enfin la base commence à ressembler, de loin, à la filiale d’un groupe international. L’idéal serait évidemment de pouvoir construire des bureaux en dur et d’asphalter le yard mais les résultats sont tout à fait satisfaisants avec le peu de moyens à ma disposition. Notre système de référence quant à l’aspect général des bureaux est rapidement faussé ici, entourés que nous sommes d’entreprises locales qui fonctionnent avec des moyens très peu sophistiqués.

Je suis soulagée quand finalement Gérard revient, cinq mois après son départ. Cinq mois pendant lesquels j’ai maintenu la base à bout de bras. Mais son réseau nous a manqué, surtout la partie contacts avec les syndicats, qui  permettent d’anticiper les mouvements de grève et de négocier les accords ouvriers.

à son retour, les directeurs de projet se mobilisent pour que je sois maintenue dans mes fonctions. Ils apprécient particulièrement ma rapidité de réaction. Sauf exception, toutes leurs demandes sont satisfaites, les pièces partent avec la prochaine navette (trois fois par semaine). Je ne pose pas de question. Je sers les commandes. Mon expérience du pétrole et de BOITE est telle que je connais la valeur du temps en projet. Gérard est alors promu directeur des quatre bases du Nigeria quand je reste en charge de celle de Warri. Pour de bon, cette fois.

Les changements que j’ai introduits dans la base, mes passages en force, le contrôle des dépenses, l’arrêt de certains trafics qui prospéraient et le renvoi d’une quinzaine de personnes ne m’ont pas créé que des amis. Je gêne. Huit mois après mon embauche, je reçois par la poste une lettre anonyme, manuscrite, à l’encre rouge, de menace de mort.

 

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